Les 23, 24, 25, 27 et 28 avril 2001 20h30
ABBESSES


Création Conception et interprétation Guesch Patti
Chorégraphies Daniel Larrieu, Odile Duboc, Pascale Houbin, Odile Azagury, Dominique Mercy
Direction artistique Anne-Marie Reynaud
Création lumières Françoise Michel
Ambiances sonores Nicolas Baby
Images Elodie Lachaud
Décor Pierre-Jean Verbraeken
Costumes Michel Ronvaux
Réceptrice Sonia Sbardella

Avec Guesch Patti
Franck Apertet
danseur invité
Mimi Bastille Chanteuse invitée

Régie son Spot
Diffusion Marie-Pierre Paillard - MPM International

Production Théatre de la Ville, Paris
Vertiges
Chorégraphie Odile Duboc
Musique Christophe Rose Générique
solo produit par le centre chorégraphique national de Franche-Comté à Berfort

Lui
Chorégraphie Daniel Larrieu
Musique Craig Armstrong / Del Naja / Vowles
Marshall
Sly II
Paul Buchanan Let's go out Tonight ; O gorizia tu sei maledetta, folklore
Textes Guesch Patti, Daniel Larrieu, dits par Guesch Patti et Alain Teulié
Solo produit par le Centre cinématographique national de Tours

La la la
chanson écrite et interprétée par Mimi Bastille

ça ira mieux demain
Chorégraphie Dominique Mercy
Musique traditionnelle, Turquie, Muneccimbasioglu kaanuni kekeme resad

Dernières Nouvelles
Chorégraphie Pascale Houbin
Musique Merz
Textes Guesch Patti, Jean Fauque

Seule duo
Chorégraphie Odile Azagury
Musique Gavin Bryars Sting Quartet n°1
Elle sourit aux larmes
Guesch Patti remercie Mohamed Ahmada, Isabelle Nanty, Redjep Mitrovitsa, Thierry de Peretti, Jacqueline Finaert, Christophe Ribes et toute son équipe du CND, Marie-Thérèse Allier et l'équipe de la ménagerie de verre, Gilles Kleber, Thierry Boccon-Gibod, Fanny de Chaillé, Philippe Decouflé et DCA, Franck Lapouille, Jeanne Guerlin, Isabelle Mazouzi, Marie-Christine Franc, Patricia Heiden, Valérie Dubus, Yann Apperry.
À L'AUTRE
Le malentendu est la base du Théatre.
Le Monde est un Théatre.
Je vis dans le Théatre du Monde,
Où l'on ne soigne rien, on constate.
Je, vous, fais mes confidences
Je recopie mon corps.
Je défroisse ma chair.
Je rampe jusqu'à m'élever.
J'essaie de vous toucher.
Chacun fait partie de l'autre.
Comme des attirances de parfums
Comme des poussières reconstituées.
J'aime profondément cette attente.
Le sentiment est encombrant dans ce regard de l'autre.
Mais il suggère le risque.
Il faut du courage pour être bien.
tellement de choses égales, rien.
J'en pouvais soupçonner les malveillances.
Mais, vous restez, toujours, en Équilibre
Et, les malentendus s'effacent.
Bonsoir
Guesch Patti
Une histoire de désir, de plaisir, de liberté
L'art et l'amitié. Cette conjonction cimente le spectacle de Guesch Patti, Elle sourit aux larmes, composé de cinq solos signés par cinq chorégraphes (Odile Azagury, odile Duboc, Pascale Houbin, Daniel larrieu, Dominique Marcy), sous la direction d'Anne-Marie Reynaud. "La danse est ma passion première depuis l'enfance, confie Guesch Patti. J'avais besoin de retrouver le fil qui me relie à la période la plus importante de ma vie, de remonter à la source. Grâce à cette soirée conçue uniquement avec des artistes que j'aime - certains depuis longtemps-, j'ai rejoint ma famille définitive qui est celle de la danse. Sans pour autant me renier, ni évacuer quoi que ce soit de mon parcours. Mais quand la vérité d'un être est quelque part, il y va. Je suis en train de redevenir moi-même". Sans fausse pudeur, Guesch Patti file au coeur du sujet. L'art, comme expression intime de l'être ; amitié, avec ses corollaires : respect, générosité, confiance. Tout pour propulser ce qui est d'abord une histoire de désir et de plaisir, de liberté que l'on s'accorde et que l'on donne aux autres, de risque assumé et de folie douce. Elle sourit aux larmes se pose comme une formule chorégraphique inaccoutumée à la hauteur de la personnalité de Guesch Patti.

Oser devenir ce que je suis
Avant d'être la chanteuse d'un tube à faire péter les décibels, Etienne (1988), cet ex-petit rat de l'Opéra, fut engagé à 15 ans par Roland Petit, opta pour la danse contemporaine huit ans plus tard dans la compagnie d'Anne Béranger et Joseph russillo, collabora avec Carolyn Carlson puis avec le Four Solaire d'Anne-Marie Reynaud et Odile Azagury. Militante dès le début des années 70 de cette nouvelle forme de danse qui allait révolutionner le paysage chorégraphique, elle court les routes de France avec une expo-conférence-spectacle où elle joue (presque) tous les rôles, de la caissière à l'animatrice pour enfants en passant par la danseuse en tutu au justaucorps. Mais elle cachetonne aussi à la télé derrière Sylvie Vartan ou Nana Mouskouri. En 1984, elle lance Dacapo, un trio de filles qui dansent et adorent chanter, puis saisit sa chance en solo avec Étienne. Une bombe dont elle paye encore la facture : "J'ai pris tout à coup une place extraordinaire dont je n'étais pas responsable. Dans le rôle de la chanteuse populaire, on me demandait de décliner toujours le même thème et je me suis vite sentie de guingois au milieu du show-biz. Je revendique d'être un caméléon, un être multiple, chanteuse, actrice, danseuse et de pouvoir passer d'une chose à une autre naturellement. Je peux montrer l'ambiguïté qui est la mienne, construire un parcours qui me ressemble, avec des nuances, des doutes, des avancées mais aussi des reculs, bref oser devenir ce qui je suis."
Le ton est ferme, le propos blindé par l'honnêteté. Vaille que vaille, Guesch Patti continue d'enregistrer à son rythme les chansons qui lui sont chères : Blonde, La Marquise et La Chinoise font partie de la bande-son du film The Pillow Book (1995) de Peter Greenaway avec lequel elle a un projet d'opéra.

Aucun des cinq chorégraphes n'a eu l'idée de refuser sa proposition
Quand elle parle de son métier comme d'une quête, non seulement elle séduit, mais elle convainc. Pour preuve : aucun des cinq chorégraphes sollicités pour cette soirée n'a eu une seconde l'idée de refuser sa proposition. Sur les traces de Daniel Larrieu qui avait déjà réglé une courte pièce pour elle à l'occasion d'une carte blanche au Théatre contemporain de la danse en 1998, tous ont cédé à l'attrait de cette "étoile énigmatique". Si Odile Azagury a "d'abord eu la trouille" d'écrire pour une interprète qu'elle n'avait pas choisie, elle s'est rapidement laissée emporter par "sa générosité, la profondeur de son rapport à la danse et cette affection presque sacrée qu'elle porte aux danseurs". Odile Duboc s'est souvenue de sa première rencontre avec Guesch il y a trente ans à Paris dans les cours de Joseph Russille : "Elle avait une aura, une présence tout simplement explosive. c'était ce qu'on appelle une bête de scène. Je ne voyais qu'elle." Pascale Houbin confie avec la simplicité qui est la sienne que "Guesch est une belle personne à rencontrer et que rien que pour ça, la chose en vaut la peine". Quant à Dominique Mercy, dont le planning auprès de Pina Bausch lui laisse peu de répit, il a accepté de se lancer pour la première fois de sa vie dans la chorégraphie. il signe une série de brefs intermèdes qui jouent les traits d'union entre les différents solos. un cadeau qui sonne comme un défi au fil d'un spectacle composite dont la force tient en partie à la finesse de ses articulations.
De l'abstraction pensive, comme suspendue au bord d'un gouffre, d'Odile Duboc à la tragédie crue de cette femme en colère qu'est Odile Azagury, de l'élégance recueillie signée Larrieu à la poésie du bout des doigts de Pascale Houbin, autant d'escales dans un voyage qui se lit aussi comme le journal de bord de la vie d'une femme. "Une femme de désir et d'émotion qui affirme ses cinquante ans et sa maturité d'artiste", précise Anne-Marie reynaud. "Il s'agit en fait d'un divertissement dramatique", précise Guesch Patti dans un rire qui fouette l'air comme une pirouette. Bien campée sur ses positions, elle sourit ensuite... aux larmes.

Rosita Boisseau